Soif de justice
La brûlure du soleil sur ses paupières la réveilla. La lumière était vive, et elle dut cligner des yeux plusieurs fois avant de s'y habituer. La jeune femme tourna la tête lentement, endolorie, et ne vit que l'immensité du désert à perte de vue. Elle s'assit doucement, puis massa son cou. L'homme qui l'avait frappée l'avait fait de bon coeur, sans hésitation.
" - Et ce chien m'a laissée pour morte en plein désert, murmura-t-elle."
Elle regretta aussitôt d'avoir prononcé ces quelques mots. Sa bouche était sèche, et parler lui avait fait ressentir plus ardemment la soif. Elle ne devait pas paniquer. Calmement, elle examina sa situation. En premier lieu, son état de santé. Mis à part son cou qui la faisait souffrir, elle ne semblait pas avoir de blessures graves. Elle avait quelques ecchymoses aux poignets, preuve qu'elle avait été solidement attachée durant le voyage. Elle eut une pensée amère pour ses ravisseurs. Ils avaient coupé ses liens, puis l'avaient abandonnée dans le royaume de Seth, certains de l'issue qui l'attendait : elle mourrait soit de soif, soit par une insolation, ou encore de mort violente. Il n'y avait que l'embarras du choix, entre les animaux sauvages, les scorpions, les bandits ou encore les démons, si toutefois elle réussissait à survivre jusqu'à la tombée de la nuit. Tout ça n'était pas brillant... Mais tant qu'elle était en vie, elle n'abandonnerait pas. Son devoir était de rentrer à Thèbes saine et sauve, pour confondre ses ravisseurs : des voleurs de la pire espèce. Dans quelle direction devait-elle aller pour revenir chez elle? Comme toujours lorsqu'elle ne savait pas quoi faire, elle médita et pria les dieux. Peu importait le soleil. Courageuse, et confiante, elle adressa une supplique à Oupouaout, gardien des voyageurs. "Celui qui ouvre le chemin" se manifesta au bout d'un moment, sous la forme d'un chacal qui apparut devant elle. Il lui tourna le dos et se mit à marcher, lui montrant ainsi la route à suivre. Elle se leva péniblement, et le suivit.
La chaleur était insoutenable, chaque pas accompli était un miracle. Pour ne pas penser à la soif, elle se concentra sur les évènements qui l'avaient conduite dans ce désert. Prêtresse d'Amon du nom d'Iâhhotep, elle travaillait au temple où elle assistait la responsable de la fabrication des amulettes. C'était une noble tâche! Les talismans servaient aux embaumements, pour accompagner et protéger le défunt dans le monde souterrain, mais ils étaient aussi utiles aux vivants cherchant eux aussi à bénéficier de la magie efficace des symboles bénis par le clergé. Un jour, elle vérifiait comme chaque semaine le stock des amulettes. Les chiffres notés par le scribe préposé concordaient parfaitement avec le nombre de talismans se trouvant entreposés en sécurité dans une des salles des réserves. Pourtant, un sentiment obscur l'empêchait de valider son rapport. Iâhhotep était devenue prêtresse pour sa foi envers les dieux, et pour son exceptionnelle sensibilité. Le clergé avait décelé en elle une connection avec le divin, qui lui permettait de voir ce qui était caché. Pas de doute possible, elle était bien sous la protection d'Amon! Aussi se laissait-elle toujours guider par son intuition. Elle prit plusieurs amulettes et les observa attentivement. Pilier Djed, Oeil Oudjat, Noeud Tit... Elle les compara les unes aux autres, et découvrit avec étonnement que certaines étaient de moindre qualité. Les matériaux utilisés pour leur confection étaient sélectionnés avec soin par les artisans du temple. Les bois les plus rares, le grès le plus solide et les meilleurs pigments seuls servaient à la création d'une amulette, qui était ensuite magnétisée et bénie par les prêtres. Or, en regardant bien, on constatait une petite différence : certaines amulettes étaient belles et bien des copies! Elle les serra alors dans ses mains et se concentra. L'énergie vive des talismans n'était pas présente! Une partie du stock était des copies sans aucun pouvoir... L'affaire était grave. Elle prit quelques unes des copies, et les apporta aux artisans chargés de leur fabrication. Deux d'entres eux travaillaient dans leur atelier, et se tournèrent vers elle lorsqu'elle entra dans la pièce.
" - Je suis désolée de vous déranger, mais j'ai fais une importante découverte! "
Elle leur expliqua en quelques mots toute l'histoire. Surprise, elle constata qu'ils ne semblaient pas étonnés par cette révélation. Par contre, leur regard complice ne lui échappa pas. Fronçant les sourcils, elle voulut reculer, mais ils l'en empêchèrent.
" - Je suis navré que tu nous aies démasqué. Tu aurais mieux fait de ne pas te mêler de nos affaires! "
Un coup violent à l'arrière de la tête lui avait alors fait perdre connaissance, puis elle s'était réveillée au milieu du royaume de Seth... Les artisans étaient certainement à la tête d'un trafic d'amulettes, et elle était le seul témoin capable de porter l'information au grand jour. Elle devait absolument rentrer à Thèbes pour contacter la responsable des amulettes du temple!
Mais à chaque pas, il lui semblait que ses pieds s'enfonçaient davantage dans le sable brûlant... Ses lèvres se fissuraient, asséchées. Son corps pesait de plus en plus lourd, et il lui fût impossible de continuer à le bouger. Elle s'effondra, et tomba à genoux devant l'impitoyable soleil. Le chacal avait cessé de marcher, et la regardait du coin de l'œil. Elle n'avait pas la force de lui parler, alors elle s'adressa à lui par la pensée, espérant que l'animal sacré la comprendrait.
« - Je suis désolée, mais je ne peux pas avancer plus… Qui sait depuis combien de temps je n'ai pas bu ? Si je ne trouve pas de l'eau, je vais mourir déshydratée. »
Elle tourna la tête à grand peine, cherchant des yeux un puits ou une oasis. Mais en vain… Les dieux l'avaient-ils abandonnée ? Ses yeux se remplirent douloureusement de larmes salées, qu'elle se surprit à lécher tant elle avait besoin d'eau. Au moment ou le désespoir l'envahit tel un poison, elle sentit que ses genoux étaient humides. Iâhhotep baissa les yeux et vit que le sable avait pris une nuance foncée, et qu'il avait durcit comme au contact de l'eau. Honteuse, sa première pensée fût de croire que sa vessie avait cédée face à la peur de la mort. Mais elle constata bien vite qu'il n'en était rien. Hébétée, elle regarda le chacal, comme pour lui demander ce qui se passait, ce qu'elle devait faire. L'animal creusa aussitôt le sable, puis la regarda à nouveau. Se pourrait-il qu'une source vienne de jaillir en plein désert ? Souffrait-elle d'une hallucination ? Seule, elle n'aurait pas pris le risque de manger du sable si elle était victime d'une insolation. Mais le chacal était là, signe de la présence des dieux à ses côtés ! Alors elle creusa doucement avec ses mains, puis de plus en vite quand elle sentit la fraicheur de l'eau entre ses doigts. Après quelques efforts, elle vit un petit filet d'eau jaillir du sable. Elle bu alors avidement à la source, pendant de longues et merveilleuses minutes. Quand enfin elle se sentit mieux, elle s'écarta de la source et proposa d'un geste au chacal de s'y abreuver lui aussi. L'animal était sacré, mais bien réel. C'est pourquoi il ne dédaigna pas l'offre, mais attendit que la jeune femme soit à une distance raisonnable avant de se lancer.
« - Comment ai-je pu douter ? Vraiment, la douleur et la peur sont les ennemis de la foi. Leurs murmures doivent être ignorés en pareille situation, et j'espère que j'en aurais le courage et la force si cela se reproduit ! »
Le chacal se remit en route, et elle le suivit après s'être lavé ses mains pleines de sable. Pour son plus grand soulagement, elle s'aperçut que la nuit allait bientôt tomber, apportant avec elle une fraicheur bienfaisante… mais aussi les démons du désert, qui ne sortaient que la nuit ! Cela n'était pas une perspective très rassurante, mais les dieux traçaient son chemin, et elle se souvint qu'elle devait leur faire confiance quoi qu'il arrive.
La pénombre envahit le désert, et elle eut plus de mal à distinguer le chacal, qui continuait à lui ouvrir la marche. Alors qu'elle jetait des coups d'œil inquiets autours d'elle, la lune apparut dans le ciel, lumineuse, éclairant le sable. Un peu rassurée, elle avança, encore et toujours. Le sommeil commençait à la gagner, mais elle savait qu'elle ne devait pas dormir sous peine de ne plus jamais se réveiller. Malgré ses efforts, ses paupières semblaient de plus en plus lourdes, le sable de plus en plus confortable.
« - Comme il doit être doux de s'y allonger, et de se reposer… juste un peu… »
Elle regarda le chacal, qui s'était arrêté en même temps qu'elle. Pourrait-il veiller sur elle si elle prenait le risque de dormir un peu ?
« - Non… je dois continuer ! »
Courageuse, Iâhhotep reprit la marche, durant un long moment. Puis, épuisée, elle s'évanouit. Elle fût réveillée par de vigoureux coups de langue sur son visage. En temps normal, jamais un chacal ne sauverait la vie d'un être humain, mais celui-ci était spécial, il était l'envoyé d'Oupouaout ! Quand il constata qu'elle se remettait lentement debout, il prit un peu ses distances, mais moins qu'à son habitude. Alors qu'elle regardait autours d'elle, en se demandant combien de temps elle avait pu rester ainsi sur le sol, son cœur s'emballa. L'affolement la gagna à toute vitesse. L'animal ne l'avait pas obligée à se lever pour rien, il avait repéré un danger ! Un long frisson lui parcourut le dos, lui donnant la chair de poule.
« - Par tous les dieux ! »
Elle n'avait pas tardé à identifier le problème. Son corps tout entier lui criait que des forces surnaturelles étaient proches d'elle, des présences… malveillantes. Les démons du désert l'avaient trouvée ! Elle distingua plusieurs formes floues qui sortaient du sable, et qui ne tardèrent pas à l'encercler. Le chacal grogna. Que pouvait-elle faire, comment se défendre ? Elle pensa avec amertume que les amulettes qui auraient pu la sortir de ce mauvais pas étaient précisément la cause de sa présence dans le désert en pleine nuit. Son esprit réfléchissait du mieux qu'il le pouvait, tandis que son corps tremblait de peur.
« - Si seulement je pouvais arriver à garder mon calme ! Mais je n'y arrive pas ! Je ne sais pas quoi faire ! »
Ce fût cette pensée qui lui sauva la vie. En un éclair, elle se souvint des cours qu'elle avait suivit à la Maison de Vie du temple de Thèbes. Un prêtre leur avait enseigné que les démons du désert se nourrissaient de la peur de leurs victimes.
« - C'est pourquoi il faut leur faire face, avec l'arme la plus puissante que les dieux nous ont offert : la foi. Seuls la confiance et l'amour qui se propageront en votre âme pourront les vaincre ! » avait il dit.
Elle réagit aussitôt. Elle fît le vide en elle, et pria. Sa méditation se transforma en transe, et elle sentit que les dieux répondaient à son appel. Leur amour se posa sur elle, l'entourant d'une puissante et aveuglante lumière. La prêtresse baignait dans des ondes chaudes et douces qui la protégeaient. Souriante, elle observa les créatures avec bonté. Ces dernières, effrayées, disparurent aussi vite qu'elles étaient venues, repartant dans les méandres obscurs du sable du désert. La lumière divine s'attarda encore un peu, puis se dissipa. Le chacal était très calme à présent, tout danger était écarté. Le souffle court après cette expérience troublante, elle prit tout de même la décision de repartir dans l'instant. L'animal lui montra à nouveau le chemin, et elle le suivit. Le temps semblait presque s'écouler différemment, car le soleil ne tarda pas à se lever, alors qu'elle était persuadée que seule la moitié de la nuit avait passé. La prêtresse eut une pensée émue pour Rê, qui avait une nouvelle fois triomphé des forces des ténèbres lors de sa traversée du monde souterrain. N'avait-elle pas elle aussi vécue une histoire similaire ? Un sourire se dessina sur son visage. Elle se tourna vers le chacal, mais surprise, elle constata qu'il avait disparut ! Devant elle se dressaient à quelques centaines de mètres la ville de Thèbes…
« -Enfin ! J'ai réussit ! »
Elle tomba une nouvelle fois à genoux, remerciant avec gratitude les dieux qui l'avaient pris sous leurs ailes. Puis elle marcha à vive allure, bien décidée à se rendre au temple de suite, même dans un état peu présentable. Soudain, elle se figea. Elle se rendit compte que la précipitation, même nourrit par d'honnêtes intentions, ne lui avait rien apporté de bon si ce n'est sa périlleuse aventure dans le désert. Elle se ravisa alors, et se rendit chez ses parents qui vivaient dans le quartier des artisans. Ils y tenaient un commerce modeste, une boulangerie. Une fois devant chez eux, ils s'affolèrent en constatant dans quel état elle était. Ils lui préparèrent aussitôt un bon repas, qu'elle dévora avec appétit. Puis elle leur raconta sa mésaventure. Son père affichait un air grave.
« - Tu as bien fait de venir chez nous avant toute chose. D'autres membres de ce trafic auraient pu facilement t'empêcher de rencontrer ta responsable, vu ton état de fatigue ! Ils t'auraient alors fait disparaitre pour de bon… Voici ce que nous allons faire, tu vas faire ta toilette, enfiler une robe propre, puis tu consigneras ton témoignage sur un papyrus signé de ta main. Nous en garderont une copie, et nous en donnerons également une au scribe du quartier. Ainsi, des preuves seront conservées même si cela se passe mal au temple. »
Elle s'apprêta à aller se débarbouiller, quand son père la prit dans ses bras.
« - Tu as été très courageuse, je suis fier de toi, ma fille. »
Ses paroles agirent comme un baume apaisant sur son cœur fatigué. Iâhhotep se hâta de se préparer, et ils firent selon le plan de son père. Ses parents l'accompagnèrent au temple, mais ne purent y entrer : seule leur fille, en tant que prêtresse, pouvait se rendre au lieu où tout aller se jouer ! Elle ne tarda pas à se rendre compte à quel point elle avait été bien inspirée de prendre des précautions avant d'entrer dans le temple : à peine arrivée dans le bâtiment réservé aux amulettes, les deux artisans qui l'avaient laissée pour morte dans le désert la croisèrent au détour d'un couloir. Ils se dévisagèrent avec étonnement, mais la prêtresse fût plus prompte à déguerpir que lors de leur précédente rencontre ! Elle courût avec toutes les forces qui lui restaient et fonça droit vers le bureau de sa supérieure. Cette dernière s'apprêta à lui demander des explications sur son absence et sur ses manières brutales quand elle claqua la porte au nez de ses deux poursuivants et la ferma à clef.
« -Mais que se passe-t-il donc ici ? » demanda la supérieure, agacée.
La prêtresse lui expliqua sa découverte, et la tentative des deux artisans coupables de fraude de la tuer. La supérieure haussa un sourcil, et hocha la tête.
« -Je vois, je vois. Cette affaire est de la plus haute importance, en effet. »
Elle se leva pour ouvrir aux deux hommes qui continuaient de tambouriner à la porte. La prêtresse se dit alors que le pire était derrière elle, la vérité allait éclater, enfin ! Soudain, elle pensa que l'attitude des artisans n'était pas logique : pourquoi continuer de vouloir entrer alors que la sanction serait plus que sévère ? Ils auraient du prendre la fuite, au contraire ! Mais une fois encore, elle n'avait pas compris assez rapidement. Effarée, elle se tourna vers la porte, qui fût soigneusement fermée à clef une fois les deux hommes à l'intérieur. Ils se tenaient face à elle, avec un sourire triomphant sur le visage. A leurs côtés, la supérieure affichait un rictus glacial, et méprisant.
« - Ainsi donc, tu as survécu à ta traversée du désert ? Qui aurait pu deviner que tu étais si résistante ? C'est un exploit prodigieux, vraiment… Quel dommage, personne n'aura vent de ton courage et de ta ténacité extraordinaire… car nous n'allons pas te rater, cette fois-ci ! Je voulais éviter de commettre un meurtre direct, et te laisser succomber seule face à l'adversité, mais soit ! Puisqu'il le faut… »
Cette fois-ci, tout était limpide. Sa supérieure, qui était chargée de surveiller la fabrication des amulettes, était bien sûr la mieux placée pour diriger un réseau de contrefaçons ! D'un signe de la main, elle ordonna à ses compères de la tuer. La prêtresse sut alors qu'elle pouvait s'en sortir.
« -Un instant ! Vous serez ravie d'apprendre que j'ai consigné mon témoignage dans plusieurs documents officiels, qui seront immédiatement envoyés au Divin Père, le Grand Prêtre d'Amon, s'il m'arrive quoi que ce soit ! »
Les assaillants se figèrent, puis se tournèrent vers l'instigatrice du trafic, apeurés. Celle-ci avait la bouche ouverte, stupéfaite par cette révélation.
« -Ainsi, vous voilà fait comme des rats ! » s'exclama la prêtresse. « Tout sera de toutes façons révélé au grand jour, et je ne crois pas qu'un meurtre allège la peine que vous allez encourir, que ce soit par la justice des hommes, ou lors de la pesée de votre cœur dans l'au-delà… »
Mais la supérieure ne voulait pas se résigner ! Cupide, elle voulait encore et toujours plus d'argent… Il devait bien y avoir un moyen de continuer à faire ses affaires ! Au même moment, les gardes du temple frappèrent brutalement à la porte, ordonnant à la supérieure d'ouvrir dans le plus bref délai. Ainsi, inquiets de ne pas la revoir venir, ses parents avaient tout racontés aux gardes qui s'étaient précipités vers le bureau.
« -Trop tard, il est trop tard… et tout est de ta faute ! » lui reprocha violemment sa supérieure.
Ivre de haine, elle voulut se jeter sur Iâhhotep pour la frapper, mais les gardes défoncèrent la porte en entendant tout ce remue ménage. Ils l'emmenèrent dans le bureau du Divin Père, et la prêtresse put entendre de loin que les deux artisans se disputaient la parole pour incriminer la supérieure au maximum, espérant ainsi réduire leur implication dans l'affaire. Elle eut un sourire triste, empreint de pitié pour ses hommes lâches et vils. Un garde la raccompagna à l'entrée du temple, où ses parents la serrèrent fort dans leurs bras, rassurés.
Le lendemain, après avoir passé la nuit chez ses parents, elle fût convoquée par le Grand Prêtre d'Amon en personne. Elle se prépara donc avec soin pour cette entrevue. Lorsqu'elle fût introduite dans son bureau, elle fût aussi intimidée qu'elle pensait l'être en face de lui ! Le Divin Père était âgé, avec une grande prestance et une autorité indéniable qui se dégageait de lui. Il lui demanda d'une voix grave, mais rassurante, de lui raconter tout ce qu'elle savait sur cette affaire d'amulettes contrefaites. La prêtresse lui tendit alors d'une main tremblante le document qu'elle avait rédigé. Il s'installa à son bureau pour le lire, hochant régulièrement la tête. Il s'adressa ensuite à elle.
« - C'est en effet ce que j'ai compris, après avoir interrogé les diverses personnes impliquées. »
Il la regarda droit dans les yeux, comme s'il espérait ainsi sonder son âme et voir au plus profond d'elle-même.
« - Tu es une personne honnête et droite, Maât est assise sur ta langue. Tu as risqué ta vie pour que la justice et la vérité nourrissent nos vies, et nous t'en sommes redevables. Merci pour ton courage ! »
Le Grand Prêtre tenait ce discours d'un air à la fois sérieux et paternaliste, son regard laissant deviner une immense bonté. Son sourire lui sembla même devenir malicieux, lorsqu'il ajouta qu'elle devenait dés cet instant la nouvelle supérieure chargée de la fabrication des amulettes du temple d'Amon. Hébétée, elle ne sut quoi dire.
« -Car c'est un voyage particulier que tu as fait… » ajouta t-il. Les dieux t'ont testée, et leur jugement est sans appel : tu as un grand avenir devant toi. Sois digne de leurs attentes, jeune prêtresse ! »
Iâhhotep le remercia chaleureusement, émue. Avant de franchir le seuil de la porte, elle lui demanda ce qu'il allait advenir de son ancienne supérieure et de ses sbires.
« -Quand on sème les graines d'Isefet, on en paie le prix. »répondit-il simplement. « De longues et éprouvantes années de labeur les attendent dans les carrières de minerais du désert. Quant à ce que les dieux leurs réservent, nul ne peut le savoir… »
Et c'est ainsi que la prêtresse commença une nouvelle vie au temple, qu'elle vécut comme une seconde naissance offerte par les dieux. Car elle était revenue transformée de son périple en plein désert, elle était désormais prête à embrasser le destin qui lui était réservé…
© 2008



Commentaires
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 08/11/2009 à 22:02:39Bonsoir Séchât,
Voilà quelque temps déjà que j'avais envie de te dédier un poème, au nom de notre amitié. J'espère qu'il te plaira :
SECHAT
Ses mots ont la douceur des pétales sucrés
De la rose de mai, quand elle ouvre son cœur.
Sa prose a le fumet, le goût et la couleur
Des fruits murs du bonheur qu’elle a su retrouver.
Les labyrinthes bleus des belles pyramides
Assises en fières reines aux confins du désert
Alimentent ses rêves et ses textes diserts,
Pour la joie de nos yeux qui parfois sont humides.
Princesse de l’orient mystérieux, magique,
Belle âme passionnée, fougueuse ou nostalgique,
Elle enflamme le cœur de ceux qui croient encore,
Aux rêves de bonheur, d’amour, de liberté,
De lendemains meilleurs, de splendides aurores,
Séchât dame de cœur, déesse d’amitié.
Je te souhaite une très bonne soirée Séchât, et une merveilleuse semaine.
Bisous,
Arc-en-ciel
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 24/10/2009 à 15:23:47
Bonjour Séchât,
Un petit passage sur ton bel espace pour te souhaiter un excellent week-end. J'espère que tu te sens un peu mieux et que tu pourras sortir un peu pour reprendre des forces au doux soleil de l'automne (qui malheureusement brille par son absence là où je me trouve).
Je te fais de gros bisous.
A bientôt mon amie.
Arc-en-ciel
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 24/09/2009 à 18:50:24
Bonsoir Séchât,
Les grandes vérités sont bien souvent cachées dans les petits mystères, que seuls les esprits ouverts et humanistes peuvent découvrir. Ils en retirent alors des bienfaits inestimables.
Merci pour tes interventions pleines de ferveur, reflets de ton âme généreuse en quête de justice.
Je t'envoie mille pensées parfumées de douce amitié.
Bisous aux sept couleurs,
Arc-en-ciel
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 22/08/2009 à 23:55:39
Bonsoir Séchât,
Je viens de m'évader un délicieux moment au pays des dieux. Mystère, aventure, magie...Tu as un don pour faire voyager le lecteur et à travers tes écrits, on devine ta pureté d'âme. Merci Séchât.
J'ai souri en lisant le passage qui évoque le pouvoir insidieux de la peur, car j'ai moi-même souvent développé cette idée dans mes textes. Je crois que nous nous ressemblons beaucoup, sur ce point et sur bien d'autres...
J'ai souri aussi en lisant ton commentaire sur mon blog. Avec le recul, je m'aperçois que j'ai vraiment fait fort avec Marc, il apparaît comme un personnage parfaitement odieux !
Ne trouves-tu pas extraordinaire ce pouvoir qu'à tout auteur de créer des personnages aussi excessifs ? Remarque, il arrive parfois, que dans la vraie vie, la réalité dépasse la fiction...
Je te souhaite une très douce soirée mon amie.
Bisous,
Arc-en-ciel
Lina site : http://linareina.blog4ever.com | le 20/08/2009 à 12:16:39
Bonjour, Séchât,
Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris le temps de lire un de tes merveilleux textes. C'est ainsi que j'ai passé au travers de cette merveille. Mais voilà qui est chose faite. J'ai littéralement été transportée dans l'Egypte ancienne.
Je constate que de tous temps la cupidité existe et qu'elle ne nous mène pas sur le bon chemin. La vérité et l'honnêteté, voilà les seules choses qui peuvent nous sauver de chemins escarpés.
Merci pour ce magnifique partage et pour tous les apaisants commentaires que tu m'offres à chaque passage dans mon espace. Mil mercis.
Je te souhaite une journée remplie de bonheur.
Tendres bisous,
Lina
Pierre-Louis site : daviken.unblog.fr/ | le 22/05/2009 à 16:42:58
J'ai beaucoup aimé. Tous les ingrédients d'une belle histoire y sont. Il y a beaucoup de talent.
Je ne savais pas qu'il y avit déjà de la contrefaçon à cette époque, ça complique le travail des archéologues. ;-)
Perrine site : perrineemilie.unblog.fr | le 23/03/2009 à 09:47:39
Je découvre aujourd'hui, en suivant des liens de blog en blog, comme ça, et je tombe sur ce site... immédiatement dépaysée. Je me suis dit : "Enfin quelque chose qu'on n'a pas déjà lu mille fois".
Parce que c'est vrai : vos textes ont une couleur particulière, les noms, les lieux, l'histoire en elle-même... si le roman que vous êtes en train d'écrire se situe dans la lignée de ces textes-là : on peut partir confiant !
Continuez,
Perrine
Istina site : www.prose-poetique.com | le 03/01/2009 à 00:56:30
Bonjour Séchat,
Quelle chaleur, j'ai ressentis les rayons d'un soleil que je ne connais pas encore, en cette saison c'est un petit bonheur...
L'idée de ne pas trouver une source ne peut atteindre mon décor enneigé, même imaginaire, mais j'ai lu cette nouvelle avec plaisir, curiosité, je n'ai pu lâcher avant la fin.