Une affaire de thé
Allongée sur le sol, ses sens se mélangeaient. Tout était douleur, pourtant tout n’était que vide. Ses doigts se crispèrent sur la moquette moelleuse. La douceur de ce contact précipita toutes sortes d’images dans son esprit. Pelote de laine. Un mouton. Des nuages.
Souviens-toi, souviens-toi ! Comment es-tu tombée ?
L’homme s’assit tranquillement dans un fauteuil, un plateau sur la petite table devant lui. Avec des gestes gracieux, il se servit le thé, le sucra, y ajouta un peu de lait. Le dégusta avec l’auriculaire levé.
So british.
Elle grimaça. La moquette était différente. Poisseuse. Alors qu’elle tentait faiblement de se lever, une douleur au ventre la cloua au sol, et un liquide chaud s’échappa de sa bouche, dans un gargouillis grotesque. L’homme tourna la tête vers elle, et dans un geste tendre, remis en place une mèche de ses cheveux.
Ca me revient.
Elle sortait du poste de police, toute à sa déception de ne pas avoir été nommée sur l’affaire du Chapelier Fou. Le tueur en série qui s’attaquait exclusivement à des femmes d’une trentaine d’années, qui les poignardait dans leur appartement, et les regardait se vider de leur sang en prenant le thé. Les journalistes n’avaient pas tardé à lui donner un surnom, vu son excentricité particulière.
Compartimenter.
Oui, elle avait fait sienne cette devise. A force de volonté, elle réussissait à faire taire son instinct de flic une fois sortie du travail, elle se déconnectait pour redevenir simplement une femme.
Et merde…
Voilà pourquoi elle n’avait pas remarqué qu’elle était suivie depuis plusieurs jours. Elle n’avait pas entendu la porte de l’immeuble claquer derrière elle comme d’habitude. Ce n’est qu’en entrant dans son appartement qu’on l’avait violemment poussée à l’intérieur et qu’il l’avait poignardée.
Le Chapelier Fou.
Respirer devenait impossible. Elle se noyait dans son propre sang, qui se répandait en une silhouette rouge sur le sol. Demain, elle ne serait plus qu’un numéro de dossier, celui de la nouvelle victime du tueur en série.



Commentaires
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le 03-01-2011 à 13:37:13
ça fait longtemps que je ne suis pas passée sur ton blog et je m'en excuse. Mais entre mon installation dans mon appart',mes nouveaux cours et ma nouvelle activité, je n'avais plus de temps pour ça (pas même pour mon blog).
J'aime vraiment beaucoup ce texte ! Je reconnais bien là la qualité de tes écrits ^^. Je ne m'attendais pas à cette fin et ça me plait !
Sinon, comment vas-tu depuis tout ce temps ?
bisous
Siana
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le 18-11-2010 à 12:06:14
C'est par une tristounette journée d'automne que je viens te rendre une petite visite. Le ciel est couvert ici, en effet, mais je sais que ça ne durera pas, et j'attends avec impatience et joie anticipée le retour du soleil.
Il en est de même pour l'amour, mon amie. En tout cas, c'est mon intime conviction. Même si un jour l'amour n'a fait qu'une timide et brève apparition,avant de repartir comme un voleur, il reviendra un jour, n'en doute pas. Et ce jour-là, les cieux eux-mêmes se réjouiront pour toi. Car tu mérites ce grand bonheur.
Je te remercie pour ton gentil message sur mon blog. Tu sais, rien ne me rend plus heureuse que d'apprendre qu'un seul de mes mots a pu apporter un peu d'espoir à quelqu'un. Et plus encore si ce quelqu'un est une amie chère à mon coeur.
Je t'envoie mes plus douces pensées d'amitié.
Bisous,
Martine
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le 26-08-2010 à 20:34:53
Le style est rythmé et le suspens nous tient en haleine. J'ai beaucoup aimé ton texte.
Je suis contente de voir que tu t'es remise à l'écriture. Il serait vraiment dommage de nous priver plus longtemps de ton talent !
Je te souhaite une très bonne soirée mon amie. A très bientôt.
Bisous,
Martine