Bleu
Les feuilles couleur d'automne, aux gouttes de pluie scintillantes, crissaient sous ses pieds à chacun de ses pas. La terre, humide, était d'un brun profond. Le soleil qui perçait maintenant les nuages s'immisçait dans les branches nues des arbres de la forêt. L'odeur de l'averse récente embaumait en coeur avec celle des bois. L'après midi était belle, le silence apaisant. La jeune femme prit le temps de s'assoir sur une souche pour profiter du moment. Son regard suivait les rayons du soleil, et elle remarqua un reflet. Quelque chose brillait à quelques mètres d'elle. La réverbération n'était pas très forte, il s'agissait probablement d'un tesson de bouteille. Mégane aimait la forêt, elle n'appréciait pas le manque de respect de ceux qui prenait ce lieu naturel et serein pour une décharge. Elle se leva donc dans l'intention de le ramasser, pour le jeter plus tard à sa place, dans une poubelle. En se penchant, elle se rendit compte de son erreur. Surprise, elle observa cette pierre, opaque par endroits, et presque cristallisée à d'autres. Elle était d'un bleu nuit étrange, mais superbe. Une merveille de la nature. En souriant, elle se dit que c'était là un cadeau de ces bois qu'elle aimait tant. Mégane pris avec douceur la pierre dans ses mains et l'admira dans la lumière du soleil. Elle la rangea dans son sac à dos, puis à regret, pris le chemin du retour. Elle se retrouva quelques temps plus tard à l'orée de la forêt, où elle avait attaché son vélo. C'est le vent dans ses cheveux mi-longs, bruns et bouclés, qu'elle rentra chez elle. Elle déposa la pierre sur sa table de nuit, puis s'affaira. Douche, diner, film, puis l'heure de dormir. La jeune femme jeta un dernier coup d'oeil à la pierre, puis elle éteignit la lumière. Le sommeil ne tarda pas à venir.
Bleu... L'univers n'était plus que cette couleur, ce bleu nuit profond, rassurant mais laissant une impression de froid sur son corps. Elle se rendit compte qu'elle portait une longue robe de ce même bleu, faite en tissu soyeux, et qui voletait doucement. Ses pieds étaient nus, elle sentait un sol de sable. En observant les alentours, elle vit un petit lac, et une forêt. Tout était fait de ce bleu si particulier. Elle se promena un peu mais n'alla pas bien loin. Etonnée, Mégane se rendit compte qu'elle se trouvait dans une sorte de sphère de forme oblongue, assez grande pour contenir les éléments naturels qu'elle avait remarqués plus tôt, mais néanmoins sans issue. Le bruit d'une branche morte sur laquelle on marche la fit soudainement sursauter. Elle aperçut une ombre s'éloigner en courant. Elle voulu la poursuivre, mais tout devint flou...
Le rythme soutenu d'une chanson résonna brutalement à ses oreilles. C'était l'heure de se lever. Déconcertée, Mégane repris avec difficulté le cours de sa journée. Durant ses heures de travail, elle repensa à ce rêve étrange, qu'elle ne saurait expliquer. Le soir venu, elle se coucha, et s'endormit encore une fois avec facilité.
Le silence était troublé par une sorte de musique, des tintements doux, comme ceux de dizaines de clochettes minuscules au son féerique. L'univers était redevenu bleu, Mégane était à nouveau sur cette plage, près de cette forêt emprisonnée dans la sphère. Dans cet endroit où même la lune dispensait une lueur bleutée, elle distingua une autre source de lumière, un feu. Ses flammes, lointaines, semblaient aussi rayonner de bleu. Comme la musique venait de cette direction, elle se mit à marcher, s'approchant aussi discrètement que possible. Allait-elle revoir l'ombre? Emerveillée, elle se cacha derrière une roche de taille moyenne pour observer le spectacle qui s'offrait à elle. Une femme à la peau bleutée, lumineuse, se tenait près du feu. Ses longs cheveux étaient lisses, bleu nuit, et elle portait une longue robe faite des feuilles bleues des arbres de la forêt. Ce bleu... cette apparition presque surnaturelle. Quel était ce rêve étrange? La douce musique se fît lointaine, le décor se fissura peu à peu...
Une musique énergique réveilla Mégane, hébétée. En stoppant son réveil matin, son regard se posa sur la pierre ramassée dans la forêt. Ce bleu! La même couleur particulière de son rêve! La jeune femme pensa à cette coïncidence tout au long de sa journée. Le soir venu, elle se mit au lit en espérant poursuivre cette aventure, et s'endormit presque aussitôt une fois encore.
Le vent dessinait de petites vagues sur la surface du lac. Le silence participait à l'ambiance spéciale de ce lieu. Pourtant, quelque chose semblait différent. Mégane se souvint de cette sensation, quelqu'un l'observait. Elle vit la femme de la nuit précédente se détacher de sa cachette, un arbre au tronc large à l'orée des bois, puis se diriger vers elle. Interloquée, Mégane ne sut quoi faire... Ne se sentant pas en danger, elle ancra ses pieds dans le sol sableux, attendant qu'elle soit à sa hauteur. La femme l'observa plus en détails, curieuse. Puis elle parla.
"- Comment es-tu venue jusqu'ici, humaine?
- Humaine?
- Ne sens-tu pas que nous sommes différentes? Comment peux-tu me comprendre, moi qui n'ai pas de langage?"
L'apparition tournoya autours d'elle, dansant avec légèreté. Mégane réfléchissait, qu'est-ce que tout cela signifiait? Voyant son désarroi, et ses interrogations, elle reprit la parole.
"-Ne vois-tu pas qui je suis, toi qui saisis ce que je dis? Je suis minérale."
Mégane écarquilla ses yeux. Serait-il possible qu'elle soit...
"-L'âme de la pierre? Celle que j'ai trouvé dans la forêt?"
Un sourire illumina le visage de la femme bleu nuit...
"- Je sens ce que tu es, tu as pu venir ici parce que ton coeur vibre en résonnance avec la nature. Mais je ne peux pas te laisser revenir, les pierres, les animaux et les hommes ne peuvent pas communiquer ainsi. J'ai senti tes paumes chaudes contre moi, ton énergie dans la forêt, c'est seulement de cette façon que nous pouvons nous ressentir mutuellement."
Avant que Mégane ne puisse poser une seule question, la femme dansa vers l'horizon, et elle n'eut que l'espace de quelques secondes pour dire adieu à ce monde avant que tout ne disparaisse.
Jamais elle ne put retourner dans cet univers bleu... Les soirs ou la mélancolie se faisait trop forte, elle prenait la pierre dans ses mains, tout contre ses paumes...
© 2008



Commentaires
livia site : livia.blog4ever.com | le 22/08/2009 à 10:08:21Bonjour Séchât,
Un petit passage dans ton espace, pour te souhaiter un très bon week-end ensoleillé, rempli de joie, d'amour et d'amitié.
Bisous de ton amie,
Livia
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 25/07/2009 à 16:40:37
Qu'il est bon de rêver...Même si, au réveil, il faut retrouver la réalité du quotidien. Pendant un moment, parfois même un très court instant, on a vécu une histoire extraordinaire qui laisse un goût de miel dans la bouche.
L'histoire de Mégane est captivante et pour rejoindre la pensée de Lina, troublant mélange entre rêve et réalité. Merci pour ce moment de rêve.
Merci aussi d'être passé sur mon blog et d'y avoir laissé un réconfortant message d'amitié.
A bientôt Séchât,
Avec toute mon amitié,
Arc-en-ciel
Lina site : linareina.blog4ever.com | le 18/07/2009 à 12:04:53
Bonjour Séchât,
Quelle chance que celle de Mégane. Elle vécu le rêve bleu, celui dont nous rêvons tous.
Tu as édité tes textes ? Ils sont prenants. Moitié rêve, moitié réalité, quel savant mélange !
Je te souhaite une belle journée,
Amicalement, Lina
Pierre-Louis site : http://daviken.unblog.fr/ | le 03/03/2009 à 14:48:35
Très belle atmosphère dans ce conte. On est happé par le texte.
kelly-brown site : Kelly-Brown.blog4ever.com | le 10/12/2008 à 17:26:29
Décidément ce texte fait réver!
Quant à Rosalinde, je viens d'écrire la scène deux et il ne faut pas s'inquièter, elle n'est pas si cruelle juste un peu centrée sur elle-même (^^) mais je la plainds beaucoup personnellement (comme je suis la seule à savoir la suite ^-^) Je vous tiendrai au courant dès que j'aurai de nouveaux écrits
Amicalement
ps: Comment l'on devient partenaire? et comment on créé une page d'accueil? (je suis toute nouvelle ici)