Overdose
Il existe des histoires qui ne sont pas faciles à raconter, et que l'on garde dans un coin de sa tête jusqu'au jour ou l'on se sent prêt à exorciser ces souvenirs pesants... Maellys avait une telle histoire à partager. Du plus profond de son coeur, elle voulait que les mots sortent, emportant avec eux la souffrance de ces jours lointains. Alors elle s'était assise à son bureau, et ses mains se mirent à taper doucement sur le clavier de son ordinateur. Maellys était déterminée, mais un peu hésitante. Comment trouver les mots justes, ceux qui décriraient sans détours les tourments qu'elle avait affrontés?
Elle était autrefois une ado banale, timide, effrayée facilement par tous les évènements de la vie. Elle avait peu d'amis, et n'allait pas vers les gens. Solitaire, Maellys avait en revanche une vie intérieure très riche. Elle sentait palpiter en elle une grande imagination, une capacité de visualisation extrême. Elle aimait se plonger dans les livres, ces pages imprimées à l'encre noire qui étaient autant de mondes fascinants à découvrir. Et elle aimait écrire, inventer elle aussi des univers à qui elle offrait la vie. Maellys était une fille naïve, pour qui tout était blanc ou noir, sans nuances de gris. Elle rêvait de voyages et d'aventures, elle espérait un grand amour passionné digne des couples célèbres de la littérature. Oui, Maellys était une jeune fille pleine d'illusions, qui offrait sa confiance difficilement, mais sans limite. Elle était destinée à se casser la figure dans le grand escalier de la vie.
Le jour ou, le bac en poche, elle s'installa dans une grande ville pour poursuivre ses études, le souffle de la liberté l'emporta dans son sillage. Maellys ne fit rien pour résister, car elle attendait cela depuis trop longtemps. Elle se jeta à corps perdu dans sa nouvelle vie, abandonnant ses études, se questionnant sur ses amis... Elle n'aurait su dire si c'était elle qui avait profondément changée, ou si c'était eux. Alors Maellys évitait leur compagnie qui la mettait mal à l'aise, tout en se rapprochant à toute allure d'un garçon qu'elle connaissait à peine. Sa première impression à son sujet avait été plutôt mauvaise, sans qu'elle puisse expliquer pourquoi. Puis après une longue discussion avec lui, elle s'était rendu compte qu'elle était tout simplement subjuguée par ce garçon. Rapidement, il devint son compagnon, indispensable et omniprésent. Bizarrement, la première dispute éclata très vite, puis sa présence l'étouffa chaque jour d'avantage. Première relation, totale incompréhension. Maellys sentait confusément qu'elle avait pris un chemin sans retour possible. Mais elle avait besoin du piédestal sur lequel il l'avait mise, ça lui faisait tant de bien d'être aimée, admirée. Peu à peu, elle s'éloigna de ses amis, de sa famille. Il était devenu son univers. Charmée, elle s'offrit à lui corps et âme. Et ce fût le début de la descente aux enfers...
Il changea, il se dévoila. Le garçon devint jaloux, possessif, froid. Le piédestal s'effondra, il la critiquait constamment après l'avoir autrefois complimentée sur tout et n'importe quoi. Pour retrouver son image perdue, Maellys était prête à tout. Elle acceptait tout ce qu'il lui demandait pour lui prouver son amour. Elle était devenue un appendice, n'ayant aucune pensée propre, se contentant de lui plaire telle qu'il la voulait. Les jours étaient ponctués de violence, non de celle qui laisse des bleus sur le corps, mais de celle dont les mots deviennent des lames fines et tranchantes, laissant votre âme écrasée et honteuse... Il voulait la posséder, entièrement. Un seul sourire à l'épicier pouvait valoir à Maellys des jours de torture mentale insupportable. Elle n'était qu'une trainée, qui le trompait dés qu'il avait le dos tourné, il en était sûr! Habile, il était tantôt doux, tantôt mesquin si bien que Maellys était tourmentée en permanence, ne sachant à quoi s'attendre ni sur quel pied danser. Lui, tenace, pouvait passer des heures entières à réclamer ce qu'il voulait. S'il la désirait, et qu'elle se refusait à lui, il en parlait sans s'arrêter, sans qu'elle ne puisse trouver de répit. Quand elle était à bout de nerf, elle cédait, horrifiée et nauséeuse. Maellys se demandait alors si une telle chose pouvait être considérée comme un viol...
Elle était prise au piège d'un engrenage sans fin. Coupée du monde et de la réalité, ce qu'elle voyait lui semblait déformé et faux. Elle était partagée entre un quotidien monstrueux mais dont elle connaissait tous les rouages, et l'envie de fuir pour retourner à cette réalité à la fois attirante et effrayante. Sa vie était ignoble mais rassurante, parce qu'elle ne connaissait plus rien d'autre. Maellys ne pouvait se rappeler à quoi ressemblait une vie normale. Une existence sans mensonge, sans violence, ou elle aurait des amis, des loisirs, et surtout, du temps pour elle. Si elle restait pensive cinq minutes dans le bus, sans lui adresser la parole, il s'emportait, lui demandant à quel autre garçon elle rêvait. Alors Maellys voulait que son âme s'échappe loin, qu'elle s'envole libre et heureuse. Elle était désemparée. Elle voulut fuir, elle y pensa de plus en plus, calculant son évasion au détail prés. Un jour Maellys mit son plan à exécution, mais une fois partie, elle n'arriva plus à respirer. Elle tomba par terre, haletante et en larmes. Que lui arrivait-il? Elle comprit qu'il existait toutes sortes d'addictions, et qu'il était la sienne. Il était sa drogue, elle avait besoin de lui, et faisait une crise de manque...
Maellys revint malheureusement alors qu'il s'était aperçu de son départ. Furieux, le regard empli de haine, il lui hurla dessus, la menaça de la quitter. Lâche, désespérée, elle le supplia de rester en promettant d'être docile et de ne plus jamais partir. Chaque jour, il se délecta de lui faire payer son audace, lui faisant endurer un cauchemar abominable. Mais elle n'en pouvait plus. Maellys était arrivée à un point ou elle n'aimait plus rien, et surtout pas elle même. Elle n'avait plus aucune estime pour ce qu'elle était devenue, même si une petite voix en elle se rebellait, criant qu'elle était quelqu'un, qu'elle était précieuse! L'envie de fuir était toujours là. L'instinct de survie lui soufflait chaque jour de partir sans se retourner. Alors elle s'enfuyait, mais revenait aussitôt, incapable de tirer un trait sur le seul monde qu'elle connaissait. C'était l'inconnu qui la faisait trembler de peur. Et lui devenait de plus en plus fou, son sourire qui lui semblait autrefois si lumineux, si brillant, était devenu carnassier et calculateur. Maellys se voyait comme un papillon se brûlant les ailes contre la chaleur d'une lumière attirante, mais destructrice. Un jour, au lieu de partir en douce comme elle en avait l'habitude, elle l'affronta et lui annonça son départ. Bien mal lui en pris, car furieux, incapable de se contrôler, il l'étrangla. Elle se débattait avec acharnement tout en sentant sa vie la quitter. Il réalisa à temps qu'elle suffoquait, et s'arrêta. Pour la première fois depuis des mois, Maellys était en position de force. C'était lui qui suppliait pour obtenir son pardon, lui qui s'écrasait devant elle. Aussi étrange que cela puisse paraitre, elle resta, à la fois pour lui faire payer tout ce qu'elle avait subi et par lâcheté. Comme il était bon de l'insulter, de jouer l'indifférente, de lui donner des ordres! Elle utilisait ses armes pour les retourner contre lui. Mais elle n'avait pas sa perversion, et il reprit le dessus, comme cela devait fatalement arriver.
Maellys avait besoin de trouver un exutoire, une façon de se libérer de l'angoisse des jours qui passaient à ses côtés. C'est ainsi qu'elle commença à ... se mutiler. Elle découvrit avec émerveillement qu'en coupant doucement la peau de son bras avec un rasoir, elle se sentait mieux. Ses bras se couvrirent de coupures disgracieuses, qu'elle cachait, honteuse, en portant des manches longues même en été. Curieusement, s'infliger elle même cette douleur lui donnait une impression de contrôle, qui compensait un peu les tortures psychiques subies. Elle attendait. Elle attendait un déclic qui lui permettrait de prendre la décision irrévocable de le chasser de sa vie pour toujours. Et un jour, elle se rendit compte qu'elle avait des doutes sur sa fidélité. Hébétée, elle se souvint qu'elle lui avait souvent répété qu'elle pourrait tout lui pardonner, même s'il la trompait. Mais les choses avaient changées depuis, la voix qui lui clamait de plus en plus souvent qu'elle était quelqu'un, qu'elle devait réagir, lui répétait qu'elle ne devait pas s'abaisser à être une fille parmi d'autres. Le jour ou elle eut la certitude qu'il voyait d'autres filles, et ou il lui mentit effrontément en lui assurant le contraire, elle le sentit enfin. Le déclic. Tandis qu'il lui hurlait dessus, et qu'il lui tournait le dos pour l'obliger à le suivre en suppliant, elle le regarda une dernière fois. Apaisée, souriante, elle tourna le dos à sa drogue et partit définitivement.
Libérée, elle sentit pour la première fois depuis des mois la chaleur du soleil sur sa peau. Elle redécouvrit la couleur flamboyante des fleurs, le plaisir de se balader seule dans la rue, la tête haute. Maellys retrouva tout ce qu'il lui interdisait, se coiffer, se maquiller, porter des bijoux qui lui plaisaient. Elle retrouva le chemin de l'amitié et de la famille, reconstruisit sa vie. Des années plus tard, l'amour la trouva enfin. Un amour doux, calme, sincère ou deux personnes peuvent être un couple tout en gardant sa propre personnalité, sa propre voix.
Mais une telle blessure reste présente, jamais totalement cicatrisée. Et Maellys faisait parfois des cauchemars sur son passé. Elle découvrit que son vécu était un phénomène de société. Les hommes, de l'espèce de celui qu'elle avait connu, existaient en grand nombre. Ils guettaient leur proie, l'aveuglait d'un peu de poudre aux yeux. Puis après un début sucré, venaient le goût salé des larmes, l'addiction totale à une personne. Ce n'est pas de l'amour. C'est une drogue. C'est ce que Maellys voulait faire comprendre à ceux qui liraient son histoire. Elle cessa d'appuyer sur les touches de son clavier, en larmes. Elle s'était délestée d'un poids, d'une partie de sa souffrance en la décrivant. Quoi qu'il puisse arriver, elle retenait de tout cela qu'elle était une jeune femme plus forte qu'elle ne l'aurait cru, et qu'elle avait eu le courage de quitter ce genre d'homme. Oui, Maellys était fière d'elle. Aujourd'hui, elle pouvait se regarder dans un miroir et aimer la personne qu'elle y voyait, la personne qu'elle était devenue...

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Commentaires
Lina site : linareina.blog4ever.com | le 25/07/2009 à 17:00:22Bonjour Séchât,
Bien qu'aujourd'hui la forme ne soit pas présente, en lisant ton commentaire je ne puis m'empêcher de te répondre.
Il n'y a rien à pardonner, ou alors ce serait à moi de te demander magnanimité. Puisque apparemment en me lisant tu replonges dans les méandres de ton passé. Et pourtant, mon souhait serait que tu puisses oublier et non pas revivre un passé qui fait mal.
En ce qui me concerne, petit à petit, il me semble que cela s'engloutit au plus profond dans ma mémoire. J'attends la rémission totale. J'ai envie d'écrire la vie… ce jour là, je saurai que je suis guérie. Pour l'instant mon écriture est mécanique et ne décrit que les quolibets du passé. Mais j'ai confiance, cela va changer…
Merci de ton passage. Puisse ton week-end être un jardin enchanté, où le parfum des fleurs parfumeront les merveilleux moments de ta journée. A bientôt
Bisou amicale,
Lina
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 17/07/2009 à 23:45:03
Bonsoir Séchât,
Merci d'être passée sur mon blog et d'y avoir laissé votre commentaire. J'en suis très touchée.
De mon côté, j'ai poussé plus avant ma visite sur le vôtre et je n'y vois que profondeur et beauté. C'est un vrai plaisir de voyager au milieu de vos mots, qui plus est dans un décor élégant et original.
A bientôt,
amicalement,
Arc-en-ciel
Lina site : linareina.blog4ever.com | le 16/07/2009 à 13:16:19
Bonjour Séchât,
Malgré l'intime conviction que j'avais... je n'ai pas osé parler de l'approche entre auteure et personnage... peut-être pour ne pas réveiller, en l'auteure, des démons... ou, pour refouler aussi, un peu, mon passé… et pourtant refouler n'est pas la solution…
Merci de ta fidélité, de tes commentaires avec lesquels je positive, merci de me comprendre.
Que le bonheur soit au rendez-vous dans ton cœur, belle journée.
Amicalement, Lina
P.S. : En ce qui concerne des maisons d'éditon, j'y ai songé mais je n'ai pas osé les contacte… d'une part, je ne suis pas satisfaite de ma façon d'écrire, et d'autre part, je crains qu'ils ne s'y intéressent pas.
ARC-EN-CIEL site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 15/07/2009 à 23:50:05
Bonsoir Séchat,
Superbe texte qui parle si bien de la plus belle liberté qui soit : celle de se retrouver soi-même, de rendre vie à son être vrai, libéré du joug de l'amour-drogue.
Votre expérience est une leçon de vie. Cela n'a pas dû être facile mais vous l'avez fait et cette victoire a donné naissance à ce merveilleux texte. Souhaitons que d'autres "droguées" de l'amour aliénant puissent trouver, elles aussi ce courage.
Bonne continuation,
Arc-en-ciel
Lina site : linareina.blog4ever.com | le 13/07/2009 à 16:55:02
Bonjour Séchât,
Magnifique. Mais combien de Maellys sont encore prisonnières dans cette prison à ciel ouvert, combien de Maellys désireuses de retrouver leur fierté ? Certainement plus que l'on ose penser.
Printanièrement, Lina
Pierre-Louis site : http://daviken.unblog.fr/ | le 13/03/2009 à 17:58:44
C'est terrible ça, l'addiction à une personne sans amour.
Je me demande si l'on peut être drogué de soit-même ?
kelly-brown site : Kelly-Brown.blog4ever.com | le 06/12/2008 à 17:01:56
Une fois de plus magnifique ^^. Cependant, je pense que l'on voit un très grand nombre d'hommes-drogue lorsqu'on "veut" les voir car si l'on prend du recul par rapport aux choses, on ne dinstingue plus que les hommes "biens" qui ont vraiment du coeur
Amicalement
K*B